jeudi 11 juillet 2013

LE GOELAND LEUCOPHEE


Alignés sur les enrochements du lac, des oiseaux, certains sombres, d’autres clairs, nettement plus gros que les mouettes voisines, la tête engoncée dans les plumes, semblent rêver. Ils peuvent rester des heures ainsi, indifférents au reste du monde. Mais, qu’un pêcheur sorte du port avec des déchets de poisson et c’est l’envol immédiat.
Ayant retrouvé toute leur vigueur, des dizaines de goélands leucophées se précipitent sur l’aubaine et se jettent sur la nourriture dans un jaillissement de gouttes d’eau. Les proies sont avalées au vol et chacun tente d’en engloutir le maximum. Le goéland lesté d’une grosse prise est instantanément poursuivi par ses congénères. Une bataille s’engage, le poisson change plusieurs fois de bec avant que le plus habile ne réussisse à l’ingurgiter. Puis, lentement, le calme revient. Le pêcheur s’éloignant pour poser ses filets, les goélands s’en retournent reprendre leur longue sieste digestive.
Oiseau marin par excellence, le goéland leucophée se reproduisait à l’origine sur les rivages de la Méditerranée et de l’Atlantique. Sachant tirer profit des activités humaines, il s’est mis à fréquenter les décharges d’ordures ménagères, à suivre les chalutiers, à ramasser les déchets sur les plages. Grâce à cette nouvelle manne, en quelques décennies, ses populations ont explosé.
Remontant le Rhône jusqu’au Léman, puis poursuivant en direction du Rhin, des éclaireurs sont arrivés jusqu’à la mer du Nord. La première nidification de l’espèce en Suisse s’est produite en 1968 au Fanel (Bas-Lac), sur le lac de Neuchâtel. (...)
Alors qu’il était strictement aquatique, il se répand depuis quelques années sur les champs, à la recherche de lombrics et d’autres proies. Il se poste également sur les toits des villes et pourrait bientôt y nicher, comme en Camargue où il s’installe sur les terrasses.
La taille et le bec robuste de ce goéland en font un prédateur redoutable. Près de ses colonies, cet oiseau décime les poussins de mouettes et de sternes, capture les jeunes canards et n’hésite pas à s’attaquer parfois à une foulque adulte. La prolifération récente des écrevisses américaines introduites dans notre lac lui fournit une nourriture facile à prendre.(...)
Grâce aux ornithologues, on sait actuellement qu’une partie des goélands qui nous visitent sont nés en Camargue ou en Sardaigne. Dès que la reproduction est terminée, des adultes accompagnés de jeunes (appelés « grisards »), entreprennent un long voyage vers le nord, dont un nombre important s’installe sur notre lac. La plupart redescendent au sud en automne alors que d’autres restent et affrontent nos hivers parfois rigoureux.





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