vendredi 5 juillet 2013
FAUCON PELERIN
Un jeune Faucon pèlerin se fait nourrir par le couple voisin
Un petit faucon a rejoint un autre nid et s’est fait nourrir par des parents "adoptifs temporaires".
Jeune Faucon pèlerin (Falco peregrinus).
Photographie : Matthieu Gauvain / Wikimedia Commons
Il arrive chez les vertébrés supérieurs qu'un jeune soit soigné et nourri par un adulte qui ne lui est pas apparenté, et que l'on nomme en éthologie un alloparent. Chez les oiseaux, l'alloparentalité peut résulter de plusieurs mécanismes, notamment le parasitisme de couvées (cas des coucous), l'adoption et les couvées mixtes (= composées d'oeufs de différents couples ou espèces) (lire Le nourrissage interspécifique : le cas d'une sittelle et d'un Pic épeiche). L'adoption et les couvées mixtes sont répandues chez les espèces au développement précoce et s'observent généralement au début du développement des oisillons.
Des soins alloparentaux peuvent aussi être apportés lors du remplacement d'un ou des deux adultes ou de l'échange de nids (une fois que les jeunes ont appris à voler mais qu'ils restent dépendants de leurs parents). Ce comportement est surtout noté chez les espèces chez lesquelles les jeunes ont besoin des soins des parents après la naissance. L'adoption apparait plutôt à la fin du développement des jeunes, quand ils sont capables de voler.
L'adoption d'un juvénile par des alloparents après que celui-ci ait gagné un autre nid que le sien a déjà été observée chez plusieurs espèces d'oiseaux, dont la Corneille d'Amérique (Corvus brachyrhynchos), la Cigogne blanche (Ciconia ciconia) et le Martinet à ventre blanc (Apus melba). Chez les rapaces, des cas ont été notés chez l'Autour des palombes (Accipiter gentilis), le Vautour percnoptère (Néophron percnopterus), le Balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus), le Grand-duc d'Europe (Bubo bubo), l'Aigle ibérique (Aquila adalberti) et le Faucon crécerellette (Falco naumanni). Généralement, ces échanges ont été reliés à une forte densité de nicheurs ou à des tentatives pour augmenter le nourrissage des cadets dans les grandes couvées.
Alexandre Anctil étudiant les Faucons pèlerins dans le Nunavut (Canada).
Photographie : Ranking Inlet Peregrine Projet / Arcticraptors.ca
Chez le Faucon pèlerin (Falco peregrinus), les situations de remplacement d'un des adultes au cours d'une saison sont bien connues, et l'installation de jeunes dans des aires a été largement utilisée dans les programmes de conservation de l'espèce. Par contre, aucun cas d'adoption intraspécifique de jeunes oiseaux volants n'avait encore été noté dans la nature, jusqu'aux observations d'Alexandre Anctil (Université du Québec) et Alastair Franke (Arctic Institute of North America) en 2010 dans la province canadienne du Nunavut, dans le secteur du Ranking Inlet.
La forte population de Faucons pèlerins y est suivie depuis 1982. Les couples réoccupent généralement les mêmes aires d'une saison de reproduction à l'autre. Un numéro d'identification a été attribué à chaque aire, indépendamment de ses occupants. Depuis 2008, des appareils photos munis de capteurs de mouvement ont été placés de un à quatre mètres du nid et utilisés pour suivre la nidification et l'élevage des petits. Tous les oisillons ont été bagués et identifiés à l'âge de 25 jours environ.
LLe 19 août 2010, les deux ornithologues ont vu le jeune mâle 25A âgé de 36 jours quitter son aire natale (numéro 29) et rejoindre le site de nidification voisin (N°28) occupé par deux fauconneaux, un mâle (27A) et une femelle (73E). 25A avait été pesé le 8 août dans son aire natale. Il pesait alors 636 grammes. Sa soeur 63E était alors plus jeune de deux jours et pesait 764 grammes.
Des photos des quatre jeunes oiseaux ont permis de constater que 25A avait les plumes plus développées que les trois autres.
Le 30 août 2010, les caméras installées près des sites 28 et 29 ont été retirées et leurs images analysées. Des photos du site 28 ont permis de constater que les 29 et 30 août, le mâle 25A avait rejoint les deux fauconneaux 27A et 73E de l'aire voisine.
Du 20 au 23 au moins, la femelle adulte "adoptive" a été photographiée nourrissant ses deux petits et le petit "intrus". Du 19 au 23 août, la jeune femelle 63E du site 29 était nourrie plusieurs fois par jour. Le 24 août, 25A est venu la rejoindre après cinq jours d'absence, lui confisquant une partie de sa nourriture...
C'est la première fois qu’une adoption suivant un échange de nids a été documentée chez des Faucons pèlerins sauvages. Poole (1982) avait suggéré que ce mécanisme pourrait être un moyen pour les oisillons de rang inférieur d'être davantage nourris. Mais le mâle 25A n'était pas subordonné à sa soeur 63, et d'autre part, il a quitté une aire où il n'avait qu'une soeur pour rejoindre un nid déjà occupé par deux oisillons et où la concurrence pour la nourriture est donc apparemment plus forte. En outre, les deux jeunes du nid 28 étaient semble-t-il moins bien nourris que lui. L'avantage de rejoindre cette autre aire n'était donc pas évident.
Dans la région d'étude, la densité des nids est très élevée, et donc il est facile pour un jeune volant de rejoindre une aire peu éloignée.
A priori, le jeune mâle 25A a été accueilli sans problème par les deux adultes et les deux petits du nid d'adoption 28. Judge (1981) avait déjà signalé que les Balbuzards pêcheurs adultes nourrissaient facilement des jeunes, quelque soit leur "passé". Un comportement similaire a été noté chez l'Aigle ibérique.
Ce mécanisme d'adoption pourrait en fait être plus fréquent que prévu et nécessiterait davantage d'études et de surveillance.
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